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Histoire...

Les travailleurs ont fait la renommée de la bonneterie auboise

vendredi 19 août 2011 , 164 : visites

Nous (re)publions une histoire du textile dans l’Aube, sous la plume de Jean Burles, historien et, à l’époque, directeur de La Dépêche, parue en épisodes en novembre et décembre 1949. 1ère partie.

[...] Certes, il est loin le temps où “au nombre de huit et quelques autres” des bonnetiers déposaient une requête adoptée le 8 septembre 1505 pour exercer à Troyes. Mais depuis, de nombreuses luttes ont opposé les compagnons contre les maîtres, comme dans l’histoire plus récente des grosses sociétés, les prolétaires sont en conflit avec une patronat d’une richesse insolente et qui se refuse à satisfaire leurs légitimes revendications. [...] Déjà en 1554, les “statuts et ordonnances des maîtres bonnetiers” qui remplaçaient les statuts précédents, étaient un moyen d’organiser la défense contre la concurrence et les marchands qui accaparaient le travail des artisans.

Ils limitaient les droits à la maîtrise et celui d’ouvrir des boutiques et de vendre des articles de bonneterie. La situation misérable des compagnons était maintenue par les arrêtés du roi (1571). Le roi (Charles IX - ndlr) se ménageait ainsi l’appui de cette classe de maîtres qui le consolidait en même temps contre les velléités des seigneurs. Cependant, les compagnons se dressent et envoient une requête au Parlement contre les patrons “qui acquièrent journellement de grandes et honorables richesses au prix de leur sueur et industrie merveilleuse et quelque fois de leur sang”.

Au XVIè siécle, l’outillage de bonneterie était constitué de quatre aiguilles en os ou en bois et le nombre restreint d’ouvriers utilisés par chacun des maîtres ne leur donnait pas la possibilité de vivre de leur travail et à la fois d’accroître leur entreprise.

Avec les découvertes et le régime colonial, le volume des marchandises mises en circulation se développe. Des capit aux s’accumulent . La domination de “Quatre Duchés, Paierie, plusieurs chapitres , abbaies , Maisons religieuses qui possèdent presque toutes les terres” (extrait du registre des délibérations de l’Hôtel de Ville de Troyes) rend disponible une main d’oeuvre qui, à la campagne, était privée de ses moyens d’exi s tence. Ces conditions vont permettre un nouveau développement. L’ouverture de nouveaux marchés exigeait que fussent tissées toutes les matières et, en 1684, l’usage de ces métiers concurrence le travail au tricot que le roi (Louis XIV - ndlr) protège par un arrêté en 1700. L’industrie [...] remonte à 1733 dans l ’Aube où, à Arcis, sont autorisés “6 métiers à faire bas”. à Troyes, les premiers métiers sont installés à l’hôpital de la Trinité.

Les maîtres bonnetiers qui n’ont pas ce privilège multiplient les requêtes et obtiennent le droit de “faire bas” à Troyes (juillet 1753). Ainsi augmenta rapidement le nombre des métiers à bas et disparut presque complètement le métier au tricot. Le nombre des maîtres bonnetiers passe de 5 à 40 en 1773. Devant un tel développement, le roi résiliait les clauses de l’arrêté de 1700. à Arcis où il y avait 68 métiers, 580 personnes travaillaient dans cette industrie. En 1760, la population avait triplé.

Voici la bonneterie auboise arrivée à un stade où le terrain est propice pour le développement du capitalisme et où vont s’aggraver les conditions de la classe ouvrière. [...] Jusqu’en 1786, à la veille du traité commercial qui livrait notre marché à l’Angleterre, l’industrie drapière était dans l’Aube l’industrie dominante avec 3 240 métiers à toile et 360 métiers à bonneterie. Mais avec cette crise, le nombre de métiers à toile passe à 2 700 en 1787 et 1 117 en 1788.

Un chômage considérable réduit à la misère 6 000 personnes “sans pain, sans bois, pendant un hiver extrêmement rigoureux”. Le salaire des fileuses tombe de 12 et 15 sols à 5 sols par jour, et celles qui gagnaient 5 sols par jour les gagnent à la semaine. Plus de 3 000 personnes sont réduites à la mendicité et certaines au vol. à noter que Poron s’est établ i en 1760. En 1786, 20 000 douzaines de bas et bonnets étaient jetés sur le marché. Au prix moyen de 30 livres la douzaine, le profit était évalué à 456 000 livres.

Le prix du pain avait augmenté de 37% et le coût de la vie avait doublé. Le vol était l’expression de la révolte ouvrière contre la richesse des gros propriétaires. [...] Mais le lieutenant général de police Sourdat écrit, le 1er octobre 1787, que les autorités prennent des mesures “pour contenir les ouvriers dans les justes bornes du devoir et de la subordination”. C’est contre les pauvres, les exploités, que la justice de classe dirige ses coups tandis qu’elle sauvegarde les privilèges.

à suivre...

Nota : les crochets indiquent des des développements ou des commentaires qui ont perdu depuis 1949 leur caractère d’actualité. Le lecteur érudit ou passionné pourra avoir accès au texte intégral dès la fin de parution de notre série de l’été.

P.-S.

La dépêche de l’Aube N1143

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