À l’heure d’un début de
mandat présidentiel placé
sous le signe des “efforts”,
les finances de l’État
devraient être le levier
du changement attendu.
Les moyens existent. Mais
la volonté politique ?
Le débat à l’Assemblée Nationale sur le projet de budget rectificatif 2012 sera-t-il une première étape vers une nouvelle répartition des richesses ou un point d’appui pour justifier la rigueur ? Les mesures proposées pour faire rentrer dans les caisses de l’état 7,2 milliards d’euros de recettes supplémentaires ne sont pas radicales mais elles mettent à contribution les riches et les grandes entreprises, avec le rétablissement de l’impôt sur la fortune, le relèvement de la contribution sur les stocks-options, une taxe de 3% sur les dividendes, etc. C’est certes le signal d’une intention de renverser la vapeur dans le partage des « efforts » pour sortir de la crise, là où les salariés et les familles ont déjà trop payé. Et pourtant la balance pourrait pencher encore plus du côté de la taxation de la finance ; il reste de la marge ! Mais cette volonté affirmée de justice reste nuancée par des signaux contradictoires. Pour preuve, dans la lettre de cadrage budgétaire pour 2013, est demandée la réduction de 15% en 3 ans des dépenses de fonctionnement, un effort de « maîtrise » des prestations de « guichet » (comme les bourses d’études ou les aides au logement) et une baisse de 2,5% des effectifs publics en dehors des missions prioritaires.
ALLER PLUS LOIN
Avec cette nouvelle donne de
« l’effort », les cartes restent
trop inégalement encore distribuées,
le jeu toujours trop
entre les mains des valets de
pique de l’austérité. Contingentées
par le pacte budgétaire
européen et les autres
traités dont il est le dernier
avatar, les intentions du gouvernement
de ne pas décevoir
ceux qui ont mis au pouvoir la
gauche aboutissent à des mesures
de « compromis » là où il
y a besoin de ruptures nettes,
à tout le moins de réorientations
sérieuses.
L’ARGENT EXISTE
Pour atteindre ses objectifs, le
gouvernement doit trouver 30
milliards d’euros l’année prochaine.
Contrairement à ce
qu’on entend, ce chiffrage est
dérisoire au vu des marges de
manoeuvre budgétaires dont
il pourrait disposer. L’inspection
générale des finances a
estimé qu’au minimum 70 milliards
d’euros issus des niches
fiscales et sociales sont sans
effet positif pour l’emploi et
l’activité. Avec une réforme
courageuse de l’impôt sur le
revenu instituant une réelle
progressivité, ce sont 20 autres
milliards qui pourraient
être dégagés. S’y ajoutent les
40 à 50 milliards résultant de
la fraude fiscale. La solution
pour régler le problème des finances
de l’état n’est ni dans
des demi-mesures fiscales, ni
dans la réduction de la dépense
publique. Elle réside
dans une sortie des logiques
comptables austéritaires.
Les
moyens financiers existent
bel et bien pour soutenir massivement
l’emploi, l’activité
économique et la reconversion
écologique. Cette voie permettrait
de sortir de la crise.
Aussi nécessite-t-elle une volonté
politique de résistance
face aux dogmes libéraux.
Il y a besoin de ruptures nettes, à tout le
moins de réorientations sérieuses.