De la récente conférence
sociale aux plans massifs
de suppressions d’emplois,
le patronat pousse les feux
sur le “coût du travail”. Un
chant des sirènes auquel le
nouveau gouvernement
n’est pas insensible.
Depuis l’annonce des coupes
sombres qu’il s’apprête à pratiquer
dans les effectifs de son
groupe, Philippe Varin, le patron
de PSA, se répand dans
tous les médias pour demander
une « baisse massive du
coût du travail en France ». P.
Varin a perçu une rémunération
de 3 253 700 euros en
2010 et de 1 302 700 euros en
2011 ; pour information. Pour
ne prendre que l’exemple de
l’industrie automobile, ce coût
du travail, soi-disant exorbitant
et qui ne pèse que pour
10% dans le prix de revient,
n’empêche pourtant pas le japonais
Toyota de produire en
France, à Onnaing dans le
Nord des voitures destinées à
être exportées vers les USA.
Dans une étude comparative,
publiée au printemps dernier,
l’INSEE relève que « dans
l’industrie automobile le coût
horaire allemand est le plus
élevé d’Europe. Il est en particulier
supérieur de 29% à
celui observé en France : 43,14
euros contre 33,38 ». Quant au
coût salarial unitaire dans
l’industrie (qui tient compte
de la productivité du travail),
il est pratiquement équivalent
dans les deux pays et diminue
en France comme en
Allemagne (-0,5% en France
par an, -0,7% en Allemagne).
LE COÛT DES PATRONS
En revanche, le « coût du travail
» des dirigeants de PSA
est lui très élevé. En 2011,
8,62 millions d’euros de rémunérations
ont été versés aux
cinq membres du directoire.
Pour 2012, ils ont annoncé renoncer
à leur part variable
(en principe déterminée sur
les performances de l’entreprise).
Ils percevront moins
mais il reste encore pas mal
de marge. Avec des salaires
fixes de 1,3 million d’euros
pour le pdg, de 930 000 euros
pour le directeur Asie et de
620 000 euros pour les trois
autres, ils auront encore largement
de quoi voir venir. à
ce « coût des patrons » démesuré,
il faut ajouter celui des
15 membres du directoire non
dirigeants qui ont empoché
1,4 million d’euros en jetons
de présence et « autres prestations
» : une augmentation de
30,5% sur l’année précédente !
LE COÛT DES ACTIONNAIRES
Dans la valse étourdissante
des millions, on trouve aussi
les actionnaires dont le « coût »
est également pesant. Entre
2002 et 2008, ils ont accaparé
50% des résultats nets en dividendes,
sans compter les
coûteuses opérations de rachats
d’actions ; pour la seule
année 2011, 457 millions d’€.
L’exemple de PSA est symptomatique
d’un discours patronal
qui n’est qu’un leurre.
Ce n’est pas le coût du travail
qui pèse sur les entreprises. Le
travail produit la richesse
mais cette richesse est détournée
dans la rémunération de
patrons, faramineuse et bien
souvent imméritée, du capital
qui exige plus de rentabilité et
plus vite, et dans des aventures
boursières et financières.
Les plans de restructurations
massives sont la traduction
d’une logique néolibérale poussée
à son paroxysme dans la
course aux profits. Rompre
avec un tel système est une urgence
vitale pour notre avenir.
Le coût des dirigeants et des actionnaires
est un boulet que tirent les salariés.
