“Si l’homme échoue à concilier le justice et la liberté, alors il échoue à tout.” Albert Camus

et maintenant la Poste

La mise à sac des services publics continue

vendredi 17 novembre 2006 , 2404 : visites , par LDA

Au pays même du libéralisme, les Etats-Unis, personne ne songe semble-t-il à privatiser la poste, mais les Européens sont bien plus américains.

L’attaque du trésor postal est menée depuis Bruxelles. Le magot est de taille : 90 milliards d’euros. Il a déjà été largement pillé mais, dès janvier 2009, c’est l’ensemble du courrier, des lettres au Père Noël aux avis d’imposition en passant par la carte postale envoyée depuis trou-perdu-les-bains vers trou-perdu-le-haut, qui sera soumis à la concurrence avec la “libéralisation” des plis de moins de 50 grammes qui n’en demandaient pas tant. C’est, en d’autres termes, la fin de l’égalité devant le courrier. Qui peut croire un seul instant que les grands groupes qui vont se battre pour es gros gâteaux -le marché de la Défense par exemple, avec ses milliers de bureaux concentrés sur trois prés carrés vont se préoccuper des lettres les plus humbles. Tatie Muriel (Hautes Alpes) devra se la faire délivrer, à prix coûtant, par deltaplane.

On met en pièces le service public, on le livre aux groupes privés et on attend de ces derniers, dit-on, qu’ils fassent du service public L’Allemagne est aux avant-postes de cette ouverture à la concurrence car son propre groupe, la Deutsche Poste World Net, bien placée en Europe, a de gros appétits. Et un savoir-faire. En quinze ans, elle a supprimé 150 000 emplois, ses filiales lettres sont passées de 83 à 49 et 1 500 bureaux de postes sur 5 000 ont été confiés à des commerçants chez qui l’on va retirer l’avis de décès de mamie Danièle entre deux boîtes de choucroute. En France, La Poste emprunte les mêmes chemins pour “se préparer à la concurrence”. Suppressions d’emplois, fermetures de bureaux, gains de productivité, files d’attente toujours plus longues dans les banlieues.

La Commission de Bruxelles, sachant très bien ce qu’il en est, a pris des précautions pour rassurer l’opinion en annonçant le maintien d’un service universel Ce qui confine à l’absurde, au moins en apparence. On met en pièces le service public, on le livre aux groupes privés et on attend de ces derniers, dit-on, qu’ils fassent du service public. De manière tout aussi absurde, toujours en apparence, le dit ser-vice universel pourrait être financé par des aides des Etats, que la Commission de Bruxelles précisément récuse, au motif qu’elles nuisent à la concurrence ! Mais de quelque manière qu’il soit financé, il est d’ores et déjà patent que ce ser-vice, s’il existe, sera le parent très pauvre des postes. Une lettre de temps en temps, comme à un lointain cousin de province. La réalité, c’est que le service universel n’a d’autre vocation que d’être contourné comme la Commission de Bruxelles sait le faire. Pour preuve, la directive Bolkestein, qui revient.

“Tout se passe comme si l’Europe communautaire avait tendance à se muer en un vaste champ d’expérimentation pour les formes extrêmes du néolibéralisme”, écrivait samedi le très libéral chroniqueur économique des Echos Paul Fabra, justement à propos de La Poste. En Europe même, dix opérateurs nationaux dont ceux de France, de Belgique, d’Italie, d’Espagne, ont formé un groupe, baptisé Epicure, pour s’inquiéter du financement du service universel. C’est louable, peut-être, mais La Poste française peut-elle à la fois s’inquiéter des conditions de l’ouverture à la concurrence et vouloir l’ouverture à la concurrence. Ou bien sa main droite doit-elle ignorer ce que ferait sa main gauche.

Et qu’en est-il au plan politique dans le débat déjà ouvert de la présidentielle ?

Là dessus c’est quasiment le silence : Le PS dans son programme ne s’engage pas à cesser les privatisations et moins encore, à faire revenir sous contrôle public et social des entreprises et banques privatisées. Ceci signifie, en réalité, qu’il n’entend, pour l’heure, en aucune façon essayer de faire prévaloir de nouvelles finalités et de nouveaux critères pour la gestion des grandes entreprises et des banques. Pourtant c’est la domination de la rentabilité financière qui pousse à les déresponsabiliser toujours plus, socialement et territorialement.

Par contre, il promet de définir des "missions de service public", des schémas régionaux de service public, une loi-cadre sur le service public.

Ce faisant, ne s’inscrit-il pas dans le consensus "eurolibéral" que portait le projet de traité constitutionnel rejeté par les Français le 29 mai 2005, tendant à découpler services et entreprises publics ? Quant à la droite et notamment à l’UMP ont s’apprête à dépecer la poste pour mieux la livrer aux appétits des entreprises du CAC 40. Il n’y a que chez les anti libéraux et notamment au PCF que l’on entend s’opposer à cette course effrénée vers la casse de tous les services publics.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N895

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