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Théâtre de la Madeleine.

DES COUTEAUX DANS LES POULES

De David Harrower.

jeudi 14 février 2008 , 1354 : visites , par Jean Lefevre

Tout dérange dans cette pièce étrange, un langage malaisé, laborieux même, une histoire déroutante et trois héros baroques, anachroniques. La psychologie navigue au niveau du "ça" pour le couple de cultivateur, mais celle de l’épouse (Femme) va s’élever au niveau du "moi" au contact d’un meunier aussi douteux que sa légende. Il assassinera le mari à la meule, une énorme roue de granit. Les motifs ne sont pas évidents, mais, dans cette pièce, l’imagination a le droit de galoper parmi les non-dits, les mots sans choses ni objets.

On peut se laisser aller en démesure, mais il faut faire travailler sa tête. Le laboureur (Laurent Nouzille) a le rôle ingrat du mari abandonné qui vit dans un univers borné.

C’est justement cette recherche des mots justes par Femme (Mélanie Faye) qui provoque le drame. Meunier (Vincent Parrot), c’est la figure primitive de l’intellectuel qui capte les désirs d’une Madame Bovary primaire en devenant un Pygmalion à l’insu de son plein gré.? Il est superbe d’ambiguïté, suscite le trouble puisqu’il connaît les mots et qu’il sait les écrire. Il nomme les choses donc les désirs. Au début, le langage est réduit à son utilité animale, mais peu à peu Femme, d’abord nue et crue comme fut Eve, égrène les mots neufs, puis ajoute les couleurs adjectives, puis les idées complètes. Mieux, elle écrit les mots et devient capable ensuite de revivre son passé. Meunier aide, jeteur de sorts, séducteur détesté puis désiré.

Le décor est splendide, une roue immense qui occupe la scène tourne pour séparer les séquences et les lieux, écraser les gens à l’occasion. Des sons rauques filtrent, machines, bêtes, supplices, on ne sait pas.

Christine Berg en résidence au Théâtre de la Madeleine propose ainsi un théâtre inventif, dans les limbes, de la pechblende que le spectateur actif se doit de convertir en radium.

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N960

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