“ Le capitalisme se fout de l’avenir de l’humanité. Il ne contient pas d’idée du monde, pas de morale. ” Robert Guédiguian

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La famille de la Dépêche s’est réunie

vendredi 28 novembre 2008 , 1234 : visites

La parution du N° 1000 de la dernière version de La Dépêche de l’Aube, a été l’occasion d’organiser une amicale réception dans les locaux du journal à laquelle étaient conviés comme l’a rappelé JP Cornevin en accueillant les invités " celles et ceux qui ont contribué à faire vivre notre journal durant les années passées et ceux qui aujourd’hui encore s’y attèlent " Beaucoup de visages familiers donc dans une salle bondée mais pas uniquement puisque se sont côtoyés lors de cette sympathique réception, les militants qui diffusent notre journal mais aussi, les salariés de l’imprimerie JMI, des représentants de nos annonceurs publicitaire, des élus communistes, même la presse locale avait diligenté un de ses journalistes.

Une exposition d’originaux de notre journal depuis 1948 est visible au siège de la fédération. Temps fort de la soirée la découverte de l’exposition d’originaux de La Dépêche de l’Aube depuis 1946 et de reproductions des premières " unes " enflammées des années 1920 avec par exemple celle titrant : " Poincaré fait poursuivre La Dépêche, La Dépêche lui répond MERDE " qui nous plonge dans l’ambiance politique du début du siècle dernier.

Autre moment attendu des participants, le discours de Jean Lefèvre. Ils n’ont pas été déçus :

" une Dépêche de l’Aube, née il y a tout juste 1000 numéros le 29 septembre 1989 et non le 5 octobre 1976 comme écrit bêtement dans la Dépêche. Ah ! les journaux. Comment s’y fier ? Jean-Pierre qui est le gardien du musée m’a fait remarquer que c’était moi qui avais fait l’erreur. C’est dur de vieillir. Mais je ne vieillis pas, c’est l’enfance qui s’éloigne.

Donc notre Dépêche née en 1989 était bien celle décrite dans l’article, mais cette dépêche qui a tenu le coup durant 1000 semaines n’était qu’une des formes déjà parues de la Dépêche. Avant celle-là, elle fut, soit quotidienne, soit bi-hebdomadaire, soit mensuelle, soit couplée avec l’Humanité dimanche, soit couplée avec la Haute-Marne. soit tout bêtement inexistante. Les maths modernes diraient qu’elle paraissait alors dans un ensemble vide. Et les philosophes plus optimistes, qu’elle n’avait plus qu’une existence disponible.

Et c’est vrai que dans les périodes d’interdiction, de saisies, ou tout simplement de disette financière, la Dépêche attendait impatiemment en rongeant son frein, toujours prête à bondir à la gorge de l’injustice. Ses dirigeants allèrent en prison ou payèrent de lourdes amendes. Ce qui fait que la plaisanterie la plus courante quand on me donna gentiment la responsabilité de directeur, fut de me promettre les meilleures oranges au cas où j’irais en prison.

Mais il y a une chose qui n’a jamais changé dans toutes les dépêches parues depuis 1920, c’est qu’elle fut toujours un journal de combat contre le capitalisme, même paré des couleurs du libéralisme. Dans libéralisme, il y a liberté, la liberté du loup chez les agneaux. Dans notre dépêche on trouve rarement des traîtres embusqués, des changements de lignes, des amoureux du populiste de service, variété pas rare de l’homme politique. On en a même mis un à la tête du pays. On écoute peu chez nous le chant des sirènes réformistes. On ne retourne pas sa veste. Il n’y a pas chez nous de transsexuel de la politique. Pourtant, ça n’est pas une espèce en voie de disparition.

Comme diraient les Croqueurs de pommes, ce n’est pas une variété à sauvegarder.

C’est que les communistes ont une culture qu’on appellera marxiste pour faire court. Certains ont d’ailleurs une culture marxiste sans avoir lu une ligne de Marx. Ca ne se transmet pas par les gènes mais par les luttes. Les LUTTES ne sont pas nées d’aujourd’hui, ni même de la Dépêche de l’Aube de 1920. Pour les jeunes chez nous, 1920 c’est le congrès de Tours qui a vu la victoire des thèses révolutionnaires contre les thèses réformistes. Ceci dit pour faire court.

Michel Choquart nous raconte dans " Bourse du travail, mémoire vivante " N° 4 (une revue à laquelle tout bon militant doit être abonné), la somme des journaux qui ont existé à Troyes pour soutenir le mouvement ouvrier et en même temps les luttes idéologiques entre Guesde et Jaurès. Voilà des titres qui vous indiquent la richesse mais aussi la briéveté des publications ouvrières : La voix du peuple, La Sentinelle républicaine,1848 , Le Progrès de l’Aube 1850,

- C’est l’époque où les journaux nationaux très à gauche viennent se faire imprimer à Troyes, chez Cardon rue Moyenne (UrbainIV) pour fuir la censure (le Populaire de Cabet, Le Nouveau Monde de Louis Blanc, La Réforme sociale de Leroux, La feuille du Village de Joigneaux (ami de Charles Baltet)

- Suivent le Damné , la Solidarité, Le Travailleur troyen vers 1880, la République sociale en 89, et enfin le SOCIALISTE TROYEN en 1892 qui est l’ancêtre de la DÉPÊCHE. Il devient en 96 le Réveil des Travailleurs puis enfin la DÉFENSE DES TRAVAILLEURS en 1901.

Il faudrait relire Denis Cotton l’historien de René Plard, Denis qui nous a quittés il y a peu de temps. Le relire pour comprendre tous les enjeux cachés derrière la possession de la Dépêche dans les années 30-40.

Revenons au 19e siècle qui va de 1830 à 1914 (hé oui, les évènements historiques ne se plient pas toujours à la chronologie systématique du calendrier. ) C’est un siècle très riche qui est de nouveau étudié par les historiens. Jean-Pierre qui traîne maintenant aux Archives m’a fait part de son admiration pour cette institution capable de conserver dans la glace tous les évènements passés. C’est effectivement impressionnant.

Tous nos vieux camarades sont là, couchés dans les casiers. Il faut aller les relever comme on dit d’une tombe.

On y apprend qu’à Troyes viennent Jaurès, Guesde, Louise Michel, Auguste Blanqui le plus vieux prisonnier de France, Jean Macé pour l’école laïque, gratuite et obligatoire, bataille toujours actuelle. Lutter pour cela c’est aussi une lutte contre l’école congréganiste, celle des curés, celle du pouvoir impérial puis celle d’une république sans républicains, celle de Thiers et de Mac-Mahon qui a massacré la Commune. C’est l’époque des Baltet qui se battent 15 ans avant Jules Ferry pour la laïque. On voit aussi apparaître à l’époque l’opposition à gauche entre anarchistes, marxistes purs et durs, et possibilistes. Ceux qui ne veulent pas gouverner ( les anarchistes et souvent les guesdistes), ceux qui veulent unir la gauche (dont Jaurès), et ceux qui ne veulent que réformer le capitalisme.

Lutte aussi pour la liberté de la presse. Grande idée qui est toujours d’actualité mais prend des formes nouvelles, ce que nous devons analyser et apprécier pour que le combat soit juste. Et la droite a toujours ses arguments qui semblent d’une grande propreté. Elle veut supprimer la publicité sur les chaînes publiques. N’est-ce pas vous M. le député communiste qui le réclamiez hier ? dit un UMP à notre député. La réforme, ça a la couleur du communisme, ça a le goût du communisme, mais c’est du populisme. AUJOURD’HUI les luttes sont toujours le nez collé au terrain. Le militant pense au local, ce qui n’empêche pas de penser au global.

Mais les 2 sont intimement liés :

La lutte pour l’école publique que Sarkozy dans son délire de tout privatiser veut casser. Donc le local c’est par ex. d’abroger le service minimum dans les écoles en cas de grève. Sous prétexte d’aider les parents on casse le droit de grève. C’est malin. Il faut donc être plus malin que le diable. Pareil pour la laïcité. Il n’y a pas de laïcité ni positive ni négative. Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas menaient même combat...

P.-S.

La Dépêche de l’Aube N1001

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